Podcast Le Moniteur & CTB
Paris, 2026
France
CURATOR : Carole Ferry, Directrice des Rédactions
MAGAZINE : Le Moniteur, Les Cahiers Techniques du Bâtiments
DATE : 23th of January, 2026
THEMA : Bâtir pour le Climat, à l'aide du Biomimétisme
Par Carole Ferry, Directrice des Rédactions
Publié le 23/01/2026, Les Cahiers Techniques du Bâtiment
Longtemps cantonné au registre de la prospective, le biomimétisme s’impose aujourd’hui comme un véritable outil de conception technique. C’est le message porté par Vincent Callebaut, architecte et fondateur de Vincent Callebaut Architectures, invité de l’épisode 11 du podcast Bâtir pour le climat.
Pour l’architecte, le biomimétisme ne relève ni d’un style ni d’une esthétique, mais d’une méthode de projet : analyser les formes, les structures et les flux du vivant pour concevoir des bâtiments plus sobres en matière, plus performants et plus résilients. « La première écologie d’un bâtiment, c’est la réduction de la matière », rappelle-t-il. L’exemple de la libellule, qu’il cite dans l’entretien, illustre cette logique : des ailes extrêmement fines, mais structurellement optimisées qui permettent de porter un corps 80 fois plus lourd. Transposé au bâtiment, ce principe conduit à minimiser les sections, optimiser les portées et réduire l’énergie grise dès la phase de conception.
Cette approche se décline également à l’échelle urbaine, notamment dans ses travaux sur les villages flottants destinés aux zones menacées par la montée des eaux. Inspirées des feuilles de Victoria Amazonica, dont la nervuration permet une répartition efficace des charges, ces structures flottantes sont pensées pour accompagner les mouvements de l’eau, ouvrant des perspectives nouvelles pour l’adaptation climatique des territoires littoraux.
Sur les zones à forte sismicité, le biomimétisme laisse place à une ingénierie de pointe. Vincent Callebaut décrit des tours reposant sur des systèmes d’isolation sismique par roulements à billes, associés à des joints sismiques dimensionnés, permettant de découpler le mouvement du sol de la superstructure. Les façades intègrent par ailleurs des joints souples, capables d’absorber les efforts dynamiques liés aux séismes et aux vents extrêmes, plutôt que de les rigidifier.
En France, sa démarche se concrétise à travers plusieurs projets. À Montpellier, l’agence développe un programme de logements dont la livraison est annoncée pour mars 2026. Le projet repose sur une architecture paramétrique permettant de générer une façade tridimensionnelle à partir d’un nombre limité de modules standardisés et préfabriqués, intégrant protections solaires, végétalisation et optimisation de l’ensoleillement, tout en maîtrisant les coûts de construction.
LIEN VERS LE PODCAST : https://smartlink.ausha.co/batir-pour-le-climat/nouvel-episode-du-22-01-17-02
Par Carole Ferry, Directrice des Rédactions
Publié le 22/01/2026, Le Moniteur
Transformer le périphérique parisien en 21ᵉ arrondissement, accueillir les réfugiés climatiques dans des villages flottants, construire des tours capables de résister aux séismes : longtemps, les projets de Vincent Callebaut ont été perçus comme utopiques. Pourtant, certains sont désormais construits ou en chantier, en France comme à l’international.
Invité du podcast Bâtir pour le climat, l’architecte revendique une approche pragmatique : « l’architecture propose des solutions immédiates au dérèglement climatique ». Sa vision s’appuie sur le biomimétisme, entendu non comme un geste formel, mais comme une stratégie globale intégrant végétation, eau et énergie.
Son étude prospective Paris Smart City 2050, menée avec Setec Bâtiment, en est une illustration. Si le projet de transformation du périphérique parisien ne verra probablement jamais le jour tel quel, il a contribué à nourrir la réflexion sur le PLU bioclimatique de Paris, en mettant en avant densification raisonnée, rehausse ciblée, végétalisation et production d’énergie locale.
Pour Vincent Callebaut, l’enjeu n’est plus de construire contre la nature, mais avec elle. Ses villages flottants, inspirés des nénuphars géants, proposent une alternative aux infrastructures lourdes face à la montée des eaux. Ses solutions antisismiques, développées avec des ingénieries de pointe, reposent sur l’isolation structurelle et la souplesse plutôt que sur le surdimensionnement.
Mais c’est sans doute sur le terrain économique que son discours marque une rupture. L’architecte assume un surcoût initial de 5 à 10%, compensé par des retours sur investissement élevés, grâce à la baisse des charges, à la production autonomie d’énergie et à la valorisation patrimoniale des bâtiments. « L’architecture écologique doit être rentable » assume-t-il.
En France, cette approche se concrétise notamment à Montpellier et à Aix-les-Bains, où il privilégie la reconstruction de la ville sur la ville afin de limiter l’étalement urbain. À Aix, la rénovation des Anciens Thermes Nationaux s’accompagne de la transformation de la toiture en place publique, et de la surélévation de l’ensemble.
En fin d’entretien, Vincent Callebaut revient également sur les résistances que suscitent ses projets. Il reconnaît que les démarches innovantes sont souvent confrontées à des critiques, des incompréhensions, voire des rejets, notamment lorsqu’elles bousculent les modèles économiques ou constructifs établis.
Pour autant, l’architecte assume pleinement cette posture. Il rappelle que la transition nécessite de prendre des risques, d’accepter la remise en question et de faire ses preuves par l’exemplarité. Une conviction résumée par une citation de Mark Twain qu’il affectionne : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. »
LIEN VERS LE PODCAST : https://smartlink.ausha.co/batir-pour-le-climat/nouvel-episode-du-22-01-17-02
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