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SERENGO

PARIS 2016

FRANCE



MAGAZINE : Serengo

TITLE : Vincent Callebaut, La Grande Interview

DATE : Mars 2016

Journalist : Pierre Morel

Photgrapher : William Beaucardet

FROM : Paris






« CHANGER LE GRIS EN VERT »

CE JEUNE ARCHITECTE BELGE DEBORDANT D’IDEES, DONT CERTAINES SONT DEJA EN CONSTRUCTION, A ETE MISSIONNE POUR REFLECHIR AU PARIS DE DEMAIN. SON REVE ? UNE CITE VERTICALE ET VEGETALE.

SELON VOUS, LES VILLES TELLES QUE NOUS LES CONNAISSONS NE SONT PLUS ADAPTEES A LA VIE CONTEMPORAINE. POURQUOI ?

Vincent Callebaut. Elles sont basées sur un modèle hyperénergivore et obsolète : un étalement urbain horizontal qui repousse toujours les limites vers la périphérie. Les gens vivent de plus en plus loin de leur lieu de travail, ce qui nécessite une importation croissante des ressources naturelles et l’exportation des déchets. Si je prends l’exemple de Paris, on a un centre-ville musée où seuls les plus riches peuvent se loger, le quartier de la Défense – 85 % d’immeubles de bureaux – et des banlieues qui fonctionnaient plus ou moins bien à l’époque où elles ont été créées, mais où la mixité sociale a disparu.

VOS EQUIPES TRAVAILLENT SUR LE PROJET

PARIS 2050. DE QUOI S’AGIT-IL ?

V.C. La mairie nous a demandé d’étudier plusieurs sites. La rue de Rivoli, à l’architecture haussmannienne ; les habitats bon marché du début du XXe siècle, sur les boulevards des

Maréchaux ; le boulevard périphérique, que nous pouvons couvrir d’une forêt linéaire ; la voie ferrée à l’abandon de la Petite Ceinture ; la tour Montparnasse et celles du XIIIe arrondissement ; et, enfin, les terminus ferroviaires, qui ont la particularité d’être tous en cul-de-sac. Cela représente quelques dizaines d’hectares à construire. Il s’agit de passer d’un

Paris minéral et gris à un Paris végétalisé et perméable, capable d’encaisser les phénomènes de fortes crues et de canicules, qui s’annoncent de plus en plus fréquents.

QUE PROPOSEZ-VOUS CONCRETEMENT ?

V.C. Nous voulons réinventer la tour Montparnasse en un véritable Central Park maraîcher, où tous les déchets produits par les vergers et les potagers deviennent une matière première pour chauffer l’édifice et l’éclairer. Sur le site de la gare du Nord, nous avons imaginé des tours qui viennent s’insérer dans les espaces interstitiels des quais. Ces derniers, comme la halle, sont tapissés de dalles piézoélectriques : les pas des 650 000 usagers quotidiens créent de l’énergie. Ces tours pourraient produire 280 % de l’énergie dont elles ont besoin. 180 % pourraient être redistribués en temps réel dans le Xe arrondissement. Par le bon sens, par la révision des normes, on peut devenir sobres en carbone. Nous prônons aussi le retour à une ville pédestre. Ce que permet la densification urbaine verticale.

ON SE TROUVE FACE A UN PROBLEME SOCIAL, ECONOMIQUE, URBANISTIQUE ET ECOLOGIQUE A LA FOIS. L’ARCHITECTURE PEUT-ELLE TOUT RESOUDRE ?

V.C. L’architecture ne suffit pas. J’ai développé le concept de l’« archibiotic », pour architecture, biomimétisme, technologies de l’information et de la communication. Une nouvelle discipline pour dire que l’urbanisme de demain s’inspirera des formes, des structures et des processus qui existent dans la nature, où les mot « pollution » et « déchet » auront disparu du dictionnaire citadin.

LES TECHNOLOGIES DE L’INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION PERMETTENT QUANT A ELLES DE REDISTRIBUER L’ENERGIE. CELA SUPPOSE QUE L’ARCHITECTURE TRADITIONNELLE, QUI EMPLOIE L’ACIER ET LE BETON, VA DEVENIR OBSOLETE...

V.C. On construit ainsi parce que les lobbies sont puissants. Pour produire une tonne de béton, on en émet une de CO2. Maintenant, on est capable de faire des tours en bois de 120 mètres. Or une tonne de bois en stocke une tonne de CO2. La génération d’architectes à laquelle j’appartiens doit évaluer la somme de carbone émis durant la vie du bâtiment : sa construction, son exploitation et son recyclage.

QUE FAITES-VOUS DU CONSERVATISME AMBIANT ? IL EST SOUVENT DIFFICILE DE TOUCHER AUX VIEILLES PIERRES...

V.C. Comme le dit mon compatriote Philippe Geluck : « Le futur, c’était mieux avant. » On peut mettre Paris sous cloche et, dans un siècle, ce sera comme Venise, avec 95 % de touristes et 5 % d’habitants. Pour moi, la ville doit être marquée par toutes les époques qui la traversent. Non pas en faisant, comme Haussmann, une croix sur le passé. L’île de la Cité, que tout le monde trouve magnifique, a été rasée à 75 %. Imaginez qu’aujourd’hui, on suggère de faire la même chose ! Nous voulons garder le meilleur de chaque époque pour construire l’avenir. Au lieu de détruire les beaux bâtiments haussmanniens qui sont de vraies passoires thermiques, nous faisons des greffes urbaines en superposant les strates architecturales les unes au-dessus des autres.

AVEC QUI TRAVAILLEZ-VOUS, EN DEHORS

DU MONDE DE L’ARCHITECTURE ?

V.C. Nous collaborons avec des laboratoires universitaires, comme Berkeley ou Singapour, qui imaginent les nouvelles technologies que nous proposons de mettre en application : des projets fous comme les zeppelins verticaux d’Hydrogénase (voir ci-contre), ou des choses plus « raisonnables » comme les cellules de Graetzel, des doubles vitrages qui contiennent des pigments végétaux créant une photosynthèse artificielle. En France, on nous prend un peu pour de gentils illuminés. Mais dans d’autres pays, surtout les émergents, nous sommes plus écoutés.

VOUS AVEZ DES IDEES POUR LES REFUGIES CLIMATIQUES QUI, AVEC LA MONTEE DES MERS, SERONT DE PLUS EN PLUS NOMBREUX ?

V.C. Pourquoi ne pas récupérer les déchets plastiques dans les océans pour en faire des matériaux de construction ? En les mélangeant avec des algues, on obtient une matière appelée « algoplast », adaptée au milieu marin. L’algoplast est capable de se développer en fixant les particules polluantes dans l’eau et de devenir un « matériau-construction », à l’image d’un coquillage dans sa croissance. Il est possible d’imprimer en 3D des gratteciel qui pourraient pousser sous l’eau. S’il y a 250 millions de réfugiés climatiques en 2050, il faudra des villes pour les accueillir. La Terre est recouverte d’eau à 70 %, alors pourquoi ne pas aussi vivre sur ou sous la mer ? De Terriens, devenir des « Meriens »...

2050, C’EST DEMAIN. EST-CE UN DELAI SUFFISANT POUR REVOLUTIONNER

NOS MODES DE VIE ET NOS MENTALITES ?

V.C. En France, rêver est un gros mot. Pourtant, certains de mes projets sont en train de voir le jour dans le monde. Beaucoup d’investisseurs de ma génération en ont assez des modèles traditionnels et ont les mêmes aspirations. Il ne faut pas hésiter à voir très grand pour que, une fois le projet dégraissé par les lois de l’économie, il en reste quelque chose d’intéressant à l’arrivée ! C’est la démonstrationque l’on a faite avec la tour que je construis à Taïwan. Quand je montrais le projet à des investisseurs français,il y a quelques années, on me disait que c’était impossible... Pourtant, elle sera livrée fin 2016.

LA MAIRIE DE PARIS SEMBLE VOULOIR CHANGER LES CHOSES. MAIS QU’EN EST-IL DES AUTRES METROPOLES ?

V.C. Tout le monde s’est développé de la même façon et se pose les mêmes questions, de Rome à Liverpool en passant par Genève. Il y a aussi le problème des petites communes qui se vident de leurs habitants. Comment régénérer ces cités ravagées par la désindustrialisation et réinvestir leurs centres, désertés par les commerces ? Réétudier l’urbanisme de ces lieux va être très intéressant. On est à la croiséedes chemins : soit on persiste dans notre modèle rentable à court terme, en sachant qu’on va l’épuiser, soit on le réinvente. En théorie, tout le monde veut changer. Dans la pratique, on continue comme avant. Mais il y a des hommes dans les milieux de la finance, de la politique, de l’économie et de l’urbanisme qui sont capables de porter des idées nouvelles.

VOUS ETES DONC CONFIANT ?

V.C. Malgré tout ce que l’on dit, je trouve que l’on vit une époque géniale : nous n’avons jamais connu autant d’inventions, nous avons dématérialisé nos modes de production, nous pouvons voyager partout dans le monde, nous avons accès à tout le savoir derrière nos écrans et nous nous sommes rendu compte de nos échecs. Toutes les conditions sont réunies pour faire de formidables propositions.



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France

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